Trois îles, trois histoires
L'archipel des Îles du Salut est composé de trois îles d'origine volcanique situées dans l'Atlantique, sous la trajectoire des fusées Ariane. Elles appartiennent aujourd'hui au CNES — le Centre National d'Études Spatiales — qui en assure la gestion. Seules deux d'entre elles sont visitables.
Île Royale
La plus grande — 28 hectares. Administration pénitentiaire, hôpital, chapelle, musée du bagne. Singes saïmiris en liberté. Auberge, restaurant, hébergement sur place.
VisitablesÎle Saint-Joseph
Plus sauvage. Accueillait les prisonniers les plus difficiles. Ruines envahies par les racines. Plage de coquillages, atmosphère hors du temps.
VisitablesÎle du Diable
Interdite d'accès — courants marins trop dangereux. Visible depuis l'île Royale. Célèbre pour l'exil du capitaine Dreyfus (1895). La maison de Dreyfus y est encore visible depuis la mer.
InaccessibleL'histoire du bagne : comprendre avant de visiter
Entre 1852 et 1953, plus de 70 000 condamnés furent envoyés au bagne de Guyane. Moins de 20 000 en réchappèrent vivants. Le taux de mortalité était catastrophique — paludisme, dysenterie, maladies tropicales, conditions sanitaires précaires. Ces îles, qui devaient être un lieu de "salut" pour les premiers colons français qui y trouvèrent refuge en 1763, sont devenues le symbole de l'un des systèmes pénitentiaires les plus redoutés de l'histoire coloniale française.
L'île Royale abritait l'administration et l'hôpital. L'île Saint-Joseph, plus sombre, était réservée aux prisonniers jugés les plus dangereux — les cellules sans toit, surveillées par des gardiens qui regardaient de haut à travers des grilles. L'île du Diable, battue par des courants rendant toute évasion suicidaire, était réservée aux prisonniers politiques.
Les figures célèbres du bagne
- Alfred Dreyfus — capitaine injustement condamné pour espionnage, déporté sur l'île du Diable en 1895. Sa cellule est encore visible depuis la mer. L'affaire Dreyfus allait ébranler toute la République.
- Henri Charrière "Papillon" — condamné en 1933, auteur du célèbre roman retraçant ses tentatives d'évasion. Son histoire a immortalisé le bagne dans l'imaginaire collectif mondial.
- Guillaume Seznec — condamné en 1924, dont l'affaire reste l'une des plus controversées de la justice française. Sa tentative d'évasion à la nage se termina tragiquement.
Avant de partir : le musée du bagne sur l'île Royale expose d'authentiques lettres clandestines de Dreyfus. Prenez le temps d'y passer — c'est gratuit et très émouvant. Des guides proposent aussi une visite commentée de 2h pour ~7,50€ : vivement recommandée pour contextualiser ce que vous voyez.
Ce qu'on voit sur l'île Royale
L'île Royale est la principale île visitée — c'est là que débarquent les bateaux, qu'est le restaurant, l'hébergement, le musée. On peut en faire le tour complet en 1h30 par le sentier balisé, ou prendre plus de temps en explorant les sentiers secondaires.
À ne pas manquer
- Le musée du bagne — dans l'ancienne maison du Directeur. Lettres de Dreyfus, photos d'époque, objets des bagnards. Gratuit.
- La chapelle — restaurée, avec des vitraux modernes représentant la faune guyanaise. Une incongruité magnifique.
- La piscine des bagnards — bassin naturel dans les rochers, accessible à marée haute. Eau claire, baignade sécurisée. L'endroit le plus photographié des îles.
- L'allée des aras — en fin d'après-midi, ces grands perroquets se rassemblent dans une zone précise de l'île. L'ambiance sonore est inoubliable.
- Les singes saïmiris — libres sur toute l'île depuis la fermeture du bagne en 1953. Curieux et apprivoisés, ils n'hésitent pas à monter sur les visiteurs.
- Le belvédère — vue sur l'île du Diable et l'Atlantique. Meilleure vue de loin avec un téléobjectif pour apercevoir la maison de Dreyfus.
L'île Saint-Joseph : la plus sauvage
L'île Saint-Joseph est accessible depuis l'île Royale par navette (à réserver à l'auberge). Plus petite, plus envahie par la végétation — les racines des arbres ont littéralement fracturé les murs des cellules. L'atmosphère y est saisissante, presque irréelle.
La plage de coquillages au pied du cimetière est l'unique endroit conseillé pour se baigner sur cette île. Partout ailleurs, les courants sont dangereux. La visite de Saint-Joseph prend environ 2 heures — prévoir la journée entière en combinant les deux îles.
Comment s'y rendre depuis Kourou
Les îles ne sont accessibles que par bateau depuis le port de Kourou. Plusieurs options selon votre budget et vos envies :
Liaisons Kourou – Îles du Salut
Important : l'accès aux îles est fermé 5 heures avant chaque lancement Ariane — les îles se trouvent sous la trajectoire des fusées. Si vous planifiez votre visite autour d'un tir, vérifiez le calendrier sur centrespatialguyanais.cnes.fr. En revanche, assister au lancement depuis les îles le soir précédent ou à une heure décalée est une expérience extraordinaire.
Où dormir sur les îles
Dormir une nuit sur les Îles du Salut est l'une des expériences les plus singulières de Guyane. L'auberge de l'île Royale propose plusieurs formules dans les anciennes dépendances des gardiens — du hamac sous moustiquaire à la chambre climatisée.
Hébergement Auberge des Îles — Île Royale
Pourquoi rester la nuit : le soir, quand les touristes de passage sont repartis avec le dernier bateau, les îles changent complètement d'atmosphère. Vous avez l'île pour vous. Les singes deviennent plus actifs. Le coucher de soleil sur l'Atlantique depuis l'île Royale est exceptionnel. Et la nuit, les étoiles au-dessus de l'océan — sans aucune pollution lumineuse — valent à elles seules le détour.
Programme selon la durée de votre visite
En journée (départ 8h30 · retour 16h30)
Visite du musée du bagne + tour de l'île Royale + piscine des bagnards + déjeuner à l'auberge + si le temps le permet, navette pour Saint-Joseph l'après-midi. Une journée dense mais satisfaisante.
En nuitée (recommandé)
Arrivée le matin, exploration tranquille des deux îles, coucher de soleil depuis le belvédère, nuit à l'auberge, réveil avec les aras au lever du soleil. Retour à Kourou le lendemain. La formule idéale — prévoir 2 jours / 1 nuit.
La faune des îles : la surprise de la visite
Beaucoup de visiteurs arrivent pour l'histoire — et repartent conquis par la faune. Depuis la fermeture du bagne en 1953, la nature a repris ses droits. Les animaux y vivent en liberté totale depuis 70 ans et n'ont aucune peur des humains.
- Singes saïmiris — les stars de l'île Royale. Ils s'approchent, montent sur les épaules, chipent ce qui traîne. Ne pas les nourrir.
- Iguanes géants — partout, immobiles au soleil, indifférents aux visiteurs.
- Aras — les grands perroquets multicolores de Guyane. Bruyants, spectaculaires, particulièrement actifs en fin d'après-midi.
- Paons — introduits à l'époque du bagne, déambulent librement sur l'île.
- Tortues marines — visibles depuis la rive, remontant respirer à la surface.
- Requins citrons — dans les eaux claires autour des îles. Inoffensifs pour les nageurs dans les zones surveillées, mais la baignade hors des zones balisées est formellement déconseillée.
Les Îles du Salut dans
votre séjour Guyane.
Notre package Cœur de Guyane inclut une journée aux Îles du Salut en catamaran, combinée avec la visite du CSG et les Marais de Kaw.