Les Hmong de Cacao : une histoire hors du commun
Les Hmong sont un peuple des hauts plateaux d'Asie du Sud-Est, originaires des montagnes du Laos et du nord du Vietnam. Alliés des Français puis des Américains pendant les guerres d'Indochine et du Vietnam, ils ont été considérés comme traîtres par le régime communiste qui a pris le pouvoir en 1975. Plus de 100 000 d'entre eux ont fui vers la Thaïlande.
En 1977, dans le cadre d'un programme humanitaire français, plusieurs familles Hmong ont été accueillies en Guyane. On leur a attribué des terres dans la forêt, le long de la rivière Comté, à 75 km de Cayenne. L'endroit s'appelait Cacao — non pas pour le cacao qu'on y cultivait, mais pour un toponyme local. Contestée au départ, leur implantation est devenue en quelques décennies un exemple remarquable de résilience et d'intégration.
Aujourd'hui, les Hmong sont devenus le principal fournisseur de fruits et légumes frais de toute la Guyane. Leurs productions approvisionnent les marchés de Cayenne, Saint-Laurent et Kourou. Ce peuple de montagne, parachuté dans la forêt tropicale, a appris à dompter un écosystème radicalement différent du sien — et y a réussi.
Le marché du dimanche : l'événement de la semaine
Chaque dimanche matin de 6h à 15h, le cœur du village se transforme en marché. C'est l'événement incontournable de Cacao — les Cayennais font la route en famille, certains arrivent en pirogue par la Comté, d'autres à pied depuis les villages voisins.
La scène est saisissante de dépaysement. Les marchandes en tenues laotiennes colorées organisent méticuleusement leurs étals de fruits et légumes rares qu'on ne trouve que là. Des cuisinières préparent à feu vif des nems, des beignets, des soupes phở dans des marmites fumantes, avec des gestes précis hérités de leurs mères. Des conversations en hmong, en créole, en français et en laotien se croisent sous les halles.
Ce n'est pas un marché touristique reconstruit pour les visiteurs. C'est un marché vivant, fonctionnel, qui existe depuis près de 50 ans parce que la communauté en a besoin et en est fière.
Ce qu'on mange à ne pas manquer
Soupe phở
Le plat signature. Bouillon de bœuf long, herbes fraîches, nouilles de riz. Au dégrad derrière le marché, vue sur la Comté. La meilleure de Guyane.
Nems frais
Roulés à la minute, croustillants, garnis de porc, crevettes et vermicelles. 1€ pièce. Difficile de s'arrêter à un seul.
Nam van
Boisson froide à base de perles de lotus, baies de pandanus et lait de coco. Délicatement parfumée. Un incontournable des chaleurs tropicales.
Beignets de banane
Chauds, sucrés, préparés sur place. Parfaits avec un café créole du matin.
Boules de haricots rouges
Dessert traditionnel hmong. Denses et légèrement sucrées — un accord inattendu avec les saveurs salées du marché.
Pains aux champignons
Cuits à la vapeur ou au four selon les stands. Champignons noirs, shiitakés, saveurs umami — la Guyane via le Laos.
Le spot secret : le restaurant au dégrad, derrière le marché principal, sur les berges de la Comté. Une terrasse en bois au-dessus de l'eau, des pirogues qui passent, une soupe phở à 6€. C'est là que les habitués s'installent après le tour du marché. Arrivez avant midi — ça se remplit vite.
L'artisanat Hmong : des broderies venues des hauts plateaux
Le marché de Cacao ne se résume pas à la nourriture. Les artisans Hmong y exposent un artisanat textile d'une finesse remarquable — des broderies aux motifs géométriques et animaliers, transmises de mère en fille depuis les hauts plateaux du Laos. Couvertures, coussins, sacs, colliers de perles, vêtements traditionnels.
Les couleurs sont intenses — rouge, bleu électrique, vert émeraude, or. Les motifs racontent des histoires : l'histoire des villages abandonnés, des migrations, de la forêt. Ce sont des objets qui valent bien au-delà de leur prix.
On trouve aussi des sculptures sur bois, de la poterie — notamment l'atelier de Jean-Philippe, qui propose des démonstrations de tournage gratuites chaque dimanche, installé près de l'annexe de la mairie depuis 2005.
Le Planeur Bleu : le musée qui fascine tout le monde
À côté de la halle du marché se trouve le Planeur Bleu — un musée d'entomologie qui présente plus de 350 000 espèces d'insectes de Guyane et d'Amazonie. Papillons morpho aux ailes bleu électrique, scarabées géants, mygales de toutes tailles, scolopendres, la plus grande araignée du monde. Le tout parfaitement présenté, avec une passion communicative de la part des guides.
Comptez environ 10€ d'entrée. L'espace est petit — les places sont limitées et le musée peut être complet certains dimanches. Réservez si possible, ou arrivez tôt.
Comment s'y rendre depuis Cayenne
Accès pratique
Point de vue imprenable : sur la route vers Cacao, 6 km avant le village, un belvédère offre une vue à couper le souffle sur la canopée amazonienne. Ne le manquez pas à l'aller ou au retour — surtout en fin de matinée quand la lumière est belle.
Ce qu'on ne vous dit pas assez
Cacao est une des expériences les plus étranges et les plus belles que la Guyane puisse offrir — pas pour sa sauvagerie ou son spectacle naturel, mais pour ce qu'elle dit sur la capacité des hommes à s'adapter, à s'enraciner, à construire.
Ces familles qui ont fui les montagnes du Laos, traversé des camps de réfugiés en Thaïlande, atterri dans la forêt amazonienne sans rien — et qui, deux générations plus tard, nourrissent un département entier et maintiennent vivantes des traditions de l'autre bout du monde — c'est une histoire qui mérite qu'on s'y arrête.
Venez un dimanche. Mangez une soupe phở au bord de la Comté. Achetez une broderie. Revenez avec une idée différente de ce qu'est la Guyane.
Cacao dans
votre séjour Guyane.
Le village de Cacao s'intègre naturellement dans un circuit Est depuis Cayenne — avec les Marais de Kaw, Saint-Georges et la frontière brésilienne. Notre package Est & Frontière inclut cette étape.